Powered By Blogger
Affichage des articles dont le libellé est influence. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est influence. Afficher tous les articles

dimanche 16 décembre 2012

L’Intelligence Economique francophone

En 2006, alors chargé de mission auprès de la direction de l’Intelligence Économique à l’ACFCI[1], j’ai présenté aux responsables  un programme d’action pluridisciplinaire et diversifié où il était question de créer une association internationale d’IE, des observatoires d’études stratégiques, développer la présence de la France dans les DOM-TOM, la coopération et le co-développement à l’échelle internationale,  sans oublier le pilier de l’influence[2]. Le tout sous un angle de la francophonie. Les grands acteurs agissant dans l’univers francophone étaient associés à la feuille de route.

Concernant une IE francophone et son rayonnement international, je suis parti des présupposés suivants :

-     A trop s’intéresser à l’IE anglophone ainsi qu’à ses associations professionnelles, on oublie l’univers francophone, pourtant  riche en positionnement géographique mais aussi culturel, scientifique, technologique. Par conséquence une puissance à redécouvrir sous le prisme de l’IE
-      A trop s’intéresser aux paradigmes de l’IE anglophone, à leurs applications, on oublie les principes de l’innovation, de la créativité et surtout de l’influence de l’univers francophone
-         A trop s’intéresser  à un nombre réduit de pays on oublie des régions et continents en plein essor.   

Ainsi,  grâce à l’appui sans faille de Philippe Clerc (alors directeur IE à l’ACFCI), ces propositions ont trouvé tout d’abord le soutien du réseau consulaire, puis nous avons pu obtenir l’accompagnement des hauts responsables du gouvernement en charge de ces thématiques, et des acteurs stratégiques comme l’OIF, l’AUF, la FFA. Dès lors, j’ai pu finaliser la conception de ces projets, contribuer à leur mise en place, participer au pilotage et au suivi, avec par exemple:

1-   La création de l’AIFIE[3], constituée de représentants francophones de tous les continents (la seule jusqu'à maintenant dans ce domaine). L’AIFIE deviendra en quelques mois le partenaire privilégié et la force de frappe des actions à l’international.
2-   Le premier colloque Intelligence Économique et Francophonie organisé par l’ACFCI et l’AIFIE en partenariat avec l’AUF[4], l’OIF[5], la FFA[6] et 10 pays en simultanés par visioconférence de quatre continents. Un DVD de cette rencontre a été  publié.
3-      La mise à disposition auprès du MAEE afin d’apporter une expertise sur ces sujets.
4-  L’organisation (en France et à l’étranger) de colloques, formations, rencontres, publications, avec par exemple la publication sur les nouveaux territoires de l’IE avec l’IFIE
5-      Les actions de coopération internationale et le développement de l’Ecole Française d’IE.
6-      La mise en place des Observatoires d’Etudes Stratégiques : Caraïbes, Méditerranée
7-  Les missions de sensibilisation et développements avancés des observatoires d’études stratégiques en Asie du Sud Este, l’Océan Indien, en Europe Orientale et Centrale et Moyen Orient (ces deux dernier avec le soutien de l’AUF)
8-  De nombreuses missions à l’international suivies d’accords de coopération signés par l’ACFCI et l’AIFIE  avec des acteurs publics et privés (réseaux consulaires, universités, administrations, organisations)

Après le développement de diverses sphères de l’IE, avoir donné naissance à l’AIFIE, aux observatoires d’études stratégiques, contribué au déploiement de l’influence,  la coopération internationale, les  formations et publications,  une première étape de la 3ème génération de l’IE est née. Continuons à en explorer davantage tous ces aspects.- Mario Sandoval Vice-Président de l’AIFIE.


[1][Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d'Industrie
[3] Association Internationale Francophone d’Intelligence Economique : Président Philippe Clerc
[4] Agence Universitaire de la Francophonie
[5] Organisation Internationale de la Francophonie
[6] Forum Francophone des Affaires

lundi 26 novembre 2012

Intelligence Économique et influence : pour une approche holistique.



« Le passé tend à reconquérir son influence perdue en s'actualisant » Henri Bergson in Matière et mémoire (1896)

En plein bouleversement géostratégique international, nous constatons, plus que jamais, que l’intelligence économique de 3ème génération constitue un vecteur d’influence dans les domaines à la fois politiques, économiques, diplomatiques et transversaux. Influencer les activités les plus variées, dans un contexte mondialisé où la conquête de terrain[1] n’a plus de frontières devient un véritable enjeu. Seule la volonté fixe des limites.

Pour les acteurs publics et privés, dès lors que la planification est arrêtée, les approches stratégiques et tactiques mises en place, la finalité demeure toujours la même : comment convertir le pouvoir en influence tout en prenant en compte les actions (passives ou actives) des adversaires. Les méthodes d’influence, contre-influence ou anti-influence, émergent tous azimuts.  

Ainsi, l’influence se trouve souvent au milieu de scénarios complexes, de situations changeantes et de variables externes imprévues, obligeant les concepteurs et les acteurs  de la planification, de la stratégie ou de la tactique, à voir le théâtre opérationnel comme une totalité. Les nombreuses activités et composantes (directes ou indirectes) sont considérées comme des ensembles dont l’influence holistique se nourrit. 

Cette vision  du monde où les ensembles sont supérieurs à la somme de leurs parties, associe des aspects historiques, comparatifs, descriptifs, conceptuels, gnoséologiques et de la théorie générale des systèmes. L’objectif est de dégager une feuille de route, un plan d’action, des indicateurs, avec des marges de manœuvre plus amples.

Dans cette perspective aujourd’hui, le plus important est de disposer d’agents d’influence efficaces, porteurs d’une doctrine, d’une culture. Il n’est pas souhaitable, tant dans les secteurs public ou privés, de laisser cette mission aux mains d’acteurs déjà influencés par les cibles car ils deviennent dès lors un cheval de Troie (parfois involontairement) pour le système ou l’organisation. Sans cette fonction essentielle, les moyens et techniques sont parasités.

Sinon comment serait-il possible de suivre la définition de Talcott Parsons[2] pour qui  «l’influence  sert à convaincre autrui de l’avantage qu’il a à se rallier aux vues souhaitées (persuasion), et les engagements généralisés à démontrer à autrui que le devoir lui interdit de refuser son aide. On ne saurait parler d’influence dans les cas où l’effet produit est accidentel et involontaire : on dit qu’un acteur a de l’influence quand il oriente les opinions d’autrui dans un sens et une direction qu’il a préalablement choisis. On ne peut pas séparer, dans l’exercice de l’influence, l’effet de l’intention.»[3]. Dès lors la capacité générale à persuader est décisive car l’influence est une action qui s’exerce de façon graduelle, continue, presque insensible et coopérant avec d’autres causes dans la production de ses effets[4].

En ce qui concerne les organisations en général, deux auteurs américains préconisent une stratégie d’influence selon les principes des 3R (Rétribution, Réciprocité et Raisonnement)[5], appliqués selon des méthodes opératoires (défensifs et offensifs) bien précis tandis qu’un troisième auteur analyse le processus de l’influence[6] et les neuf tactiques[7] proposées selon trois résultats qualitativement différents des essais d’influence comme l’engagement, la satisfaction et la résistance.

Finalement, les secteurs d’influence sont nombreux et les volontés d’agir aussi, mais sans une doctrine et des agents d’influence performants, les actions seront toujours guidées par des impondérables. Il est nécessaire d’intérioriser une culture pour que chaque acteur devienne un ambassadeur d’influence.

Par ailleurs, sachant que l’influence est une activité pluridisciplinaire, transversale, où les sciences sociales et humaines en général occupent une place privilégiée, celle-ci doit être amenée de manière coordonnée, intelligible, planifiée, avec des piliers essentiels dans son mode opératoire, tels que la psychologie sociale, la politique globale, la géopolitique et l’histoire du présent.

Ainsi, avec un corpus holistique nous pourrions inverser les indicateurs de résultats, développer une doctrine française d’influence sur le territoire national et pour la diaspora dans le monde. Les partenariats public-privés, par une diplomatie d’influence et une diplomatie d’entreprise[8], doivent se développer davantage car bien que les intérêts peuvent paraître différents et éloignés, ils ont en réalité la même finalité, celle d’influencer. 

Cette mission doit aller à la conquête des esprits et des décisions, agir directement sur les terrains et être plus offensive. L’influence holistique est peut-être une nouvelle méthode d’action à explorer, et cette approche tente de lui redonner, dans un contexte où elle est trop souvent galvaudée, toutes ses lettres de noblesse.- 



[1] Physique ou virtuelle
[2] Talcott Edger Parsons, sociologue américain, 1902-1979.
[3] Revue française de sociologie, année 1964, vol 5 ; pp 387-401 François Chazel
[4] Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie, Ed Puf, 1996.
[5] David A Whetten and Kim S. Cameron, in Developing Management Skills, Prentice Hall, 2004
[6] Gary Yukl  in Leadership in Organizations, Prentice Halle, 1998
[7] Persuasion rationnelle, consultation, comportement amical, échanges, coalition,  légitimation, pressions, appel personnel, appel aux valeurs et idéaux.